La lutte contre la criminalité organisée doit devenir une « cause nationale ». C’est l’appel lancé mardi par le procureur du Roi de Bruxelles, Julien Moinil, devant la commission de la Justice de la Chambre. Il a demandé aux parlementaires de concrétiser plusieurs mesures prévues dans l’accord de gouvernement fédéral.
Le magistrat a défendu le travail accompli par son parquet face aux tirs qui touchent régulièrement la capitale. « La plupart des scènes de tir sont résolues », a-t-il assuré, évoquant plus de 120 incarcérations et le placement de 15 mineurs en institution publique de protection de la jeunesse (IPPJ) dans des dossiers liés aux fusillades. Il a également fait état de 18.000 personnes déférées au parquet.
Cependant, ces résultats ne suffisent pas, à ses yeux, à enrayer la violence. « Pourquoi est-ce que ça continue ? La justice n’est pas assez crédible à l’égard du crime organisé, tellement fort, tellement puissant sur le plan financier (…) La criminalité organisée se rit de la Belgique. Hier, en chambre du conseil, un détenu a traité le magistrat de gros porc. Nous sommes méprisés parce que l’inefficacité des décisions est là. Arrêtons l’angélisme ! La criminalité organisée ne voit que l’argent, il faut une approche plus sévère », a-t-il clamé.
Des moyens jugés insuffisants
Le procureur a décrit une situation qu’il juge exceptionnelle, sans disposer, selon lui, de moyens à la hauteur de la crise. Si le cadre du parquet de Bruxelles est désormais complet, il n’a pas bénéficié de renforts extraordinaires, a-t-il expliqué. Les 30 agents supplémentaires affectés à la police judiciaire fédérale de Bruxelles ont, eux, été prélevés ailleurs.
Julien Moinil a aussi cité plusieurs dispositions de l’accord de majorité fédérale qui restent à mettre en œuvre, notamment des adaptations aux comparutions mensuelles en chambre du conseil, la création de chambres spécialisées dans la toxicomanie et une exécution plus rapide des peines. Il a déploré qu’une procédure de comparution immédiate puisse, dans les faits, prendre un an.
La question des communications depuis les prisons a également été abordée. Douze brouilleurs téléphoniques sont activés, mais ils ne règlent pas entièrement le problème : selon le procureur, certains détenus passent par d’autres prisonniers pour transmettre leurs instructions. La création de quartiers de sécurité pourrait, selon lui, faire partie de la réponse.
Des délais préoccupants pour le suivi des condamnés et des mineurs
Les difficultés concernent aussi la Fédération Wallonie-Bruxelles, compétente pour les Maisons de justice et la protection de la jeunesse. En cas de sursis probatoire, dix-huit mois peuvent s’écouler entre une condamnation et le premier entretien de suivi, a déploré Julien Moinil. Faute de places en IPPJ, le placement d’un mineur peut prendre six mois après la décision du juge. « Comment freiner un parcours délinquant ? », a-t-il demandé.
Présent lui aussi devant les députés, le procureur général de Bruxelles, Frédéric Van Leeuw, a alerté sur la situation en appel. Il dit devoir « arbitrer la pénurie » : le cadre n’a pas augmenté depuis 2012, alors que le nombre de recours a fortement progressé.
Frédéric Van Leeuw a enfin rappelé les effets du démantèlement du réseau de communication cryptée Sky ECC en 2021. Cette opération policière internationale a conduit à des milliers d’arrestations, mais elle a aussi, selon lui, ouvert une lutte violente entre organisations criminelles cherchant à reprendre le contrôle des marchés laissés vacants.