Aujourd’hui: Oct 17, 2026
La réduction du seuil fiscal en Russie alourdit le coût de création d'une petite entreprise

La réduction du seuil fiscal en Russie alourdit le coût de création d’une petite entreprise

Pour une part croissante des Russes, la décision commerciale la plus sûre est de ne pas en créer une. En septembre 2026, 40 % des répondants ont déclaré qu’ils excluaient l’ouverture de leur propre entreprise et préféraient un emploi salarié, contre 34 % un an plus tôt.

Ce changement intervient alors que les petites entreprises font face à des coûts d’exploitation plus élevés, à des emprunts plus coûteux et à de nouvelles obligations fiscales. Il révèle également une tension dans la politique économique de la Russie : le soutien officiel à l’entrepreneuriat est de plus en plus en concurrence avec des conditions qui rendent l’auto-emploi plus difficile à financer et à maintenir.

Une barrière financière plus marquée

Les chiffres proviennent d’une enquête conjointe menée par SuperJob et rapportée le 14 octobre par Realnoe Vremya, Vedomosti et Forbes Russie. Bien qu’une enquête ne puisse pas mesurer la santé globale d’une économie, l’augmentation de six points de pourcentage montre un changement clair dans la façon dont les répondants évaluent les risques liés au travail indépendant.

Les pressions immédiates sont pratiques. Les coûts de démarrage ont augmenté, la demande est plus difficile à prévoir et les prêts sont devenus plus coûteux. Une nouvelle entreprise doit couvrir le loyer, l’équipement, les fournitures, les salaires, les services publics et les frais administratifs avant de pouvoir établir un flux de revenus fiable. Pour les personnes ayant des économies limitées, un salaire régulier peut donc sembler plus attrayant que la promesse incertaine de bénéfices futurs.

Les changements fiscaux s’ajoutent à ce calcul. Depuis le 1er janvier 2026, le seuil de revenus pour l’exemption de la taxe sur la valeur ajoutée est passé de 60 millions à 20 millions de roubles. Les entreprises et les entrepreneurs individuels dépassant le nouveau seuil doivent payer la TVA au taux général de 22 %. Pour une entreprise légèrement au-dessus de la limite, ce changement peut affecter les prix, les marges et la décision d’expansion.

Les conditions de financement restent un autre obstacle. En septembre 2026, le taux directeur de la Banque de Russie était de 14 %, tandis que l’inflation annuelle s’élevait à 6,35 %, au-dessus de l’objectif de 4 % de la banque centrale. Le taux directeur n’est pas le taux payé par chaque emprunteur, mais il influence le coût du crédit et la manière dont les banques évaluent les nouveaux projets. Un investissement qui aurait pu être viable avec un financement moins cher peut être reporté ou abandonné.

Pourquoi les microentreprises sont importantes

Le retrait de l’entrepreneuriat affecte une grande partie du marché du travail. La Russie compte 6,7 millions de petites et moyennes entreprises, selon l’institut d’État chargé de soutenir le secteur. Parmi celles-ci, 6,43 millions sont des microentreprises, ce qui signifie qu’environ 96 % du secteur est constitué de ses plus petites entreprises.

Les petites et moyennes entreprises emploient 27,9 millions de personnes, soit 38 % des travailleurs de l’économie. En outre, 16,88 millions de personnes sont classées comme travailleurs indépendants. Cette échelle signifie que la baisse de la volonté de créer une entreprise ne se limite pas à une diminution des enregistrements d’entreprises. Elle peut influencer l’investissement, la concurrence, l’embauche et la capacité des entreprises existantes à survivre à des périodes de faible demande.

Les microentreprises sont particulièrement exposées à l’augmentation des coûts fixes car elles disposent souvent de réserves limitées et d’un pouvoir de négociation inférieur à celui des grandes entreprises. Des paiements obligatoires plus élevés, des loyers, des tarifs et des charges d’intérêt peuvent rapidement absorber une grande part de leurs revenus. Le nombre d’entreprises enregistrées offre donc seulement une image partielle de la santé des affaires. Le chiffre d’affaires, l’accès au crédit, l’investissement, les taux de survie des nouvelles entreprises et les tendances de l’emploi sont tout aussi importants.

La structure du secteur complique également les affirmations de large soutien aux petites entreprises. Un grand nombre d’entreprises peut coexister avec un faible élan entrepreneurial si la plupart des entreprises restent trop petites pour investir, se développer ou créer des emplois supplémentaires. L’enquête actuelle suggère que le pipeline de nouvelles entreprises potentielles se rétrécit avant que de nombreux projets n’atteignent le stade de l’enregistrement.

Les personnes âgées et les femmes montrent une plus grande réticence

L’enquête identifie des différences significatives entre les groupes. Parmi les répondants de plus de 45 ans, 52 % ont déclaré qu’ils ne considéraient pas du tout l’ouverture d’une entreprise. Parmi les répondants plus jeunes, le chiffre correspondant variait de 35 % à 41 %, un écart de 11 à 17 points de pourcentage selon le groupe d’âge.

Il y avait également une différence de genre : 45 % des femmes interrogées ont rejeté l’idée de créer une entreprise, contre 38 % des hommes. L’enquête enregistre cet écart mais n’établit pas ses causes. Les différences de revenus, d’économies, de responsabilités familiales et d’accès au financement peuvent toutes influencer le niveau de risque que les répondants sont prêts à prendre.

L’intérêt est limité même dans des secteurs qui pourraient générer de nouveaux services et technologies. Si les conditions étaient favorables, 6 % des répondants choisiraient les technologies de l’information, 5 % le commerce, et 4 % chacun la production ou la construction. Ces chiffres ne prédisent pas le nombre exact de futures entreprises, mais ils indiquent à quel point le pool déclaré de fondateurs potentiels est devenu étroit.

Un tournant vers des projets plus petits et plus sûrs

Les analystes cités dans les reportages s’attendent à ce que cette prudence dure au moins deux ans. Plutôt que d’abandonner toute activité économique, les entrepreneurs potentiels pourraient choisir des formats moins exposés : de petits projets, une entreprise exploitée parallèlement à un emploi salarié ou une transition progressive vers l’auto-emploi. De tels arrangements réduisent le risque personnel, mais impliquent généralement moins de capital et créent moins d’emplois que des entreprises conçues pour croître.

Andrei Shubin, directeur exécutif de l’association des petites et moyennes entreprises Opora Rossii, a lié la baisse de l’intérêt pour l’entrepreneuriat à des coûts plus élevés et à l’incertitude économique. Il a averti que ce déclin pourrait devenir ancré si le fardeau fiscal et administratif continue d’augmenter. C’est une évaluation d’un représentant du secteur et un avertissement sur une tendance possible à moyen terme, et non une preuve indépendante que chaque mesure politique a produit le même effet.

Le test central sera de savoir si la baisse des intentions entrepreneuriales se traduit par moins de nouvelles entreprises, un investissement plus faible et une création d’emplois plus lente. Pour l’instant, le passage de 34 % à 40 % montre qu’un salaire devient plus précieux pour de nombreux Russes précisément parce que le coût de faire le premier pas vers l’entrepreneuriat augmente.

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