Le mouvement syndical allemand a averti que le programme économique de l’AfD pourrait coûter au pays des centaines d’entreprises et des milliers d’emplois industriels, notamment si la demande du parti de faire quitter l’Allemagne de l’Union européenne était mise en œuvre. Cet avertissement, formulé par la présidente de la Confédération allemande des syndicats, Yasmin Fahimi, transforme l’appel du parti aux électeurs de la classe ouvrière en un véritable conflit sur l’emploi, l’investissement et l’avenir de l’industrie allemande.
Fahimi a également critiqué la coalition au pouvoir, qualifiant ses actions de « non dissimulables » et affirmant que sa politique aggravait les conditions de travail, de retraite et de santé. La Confédération allemande des syndicats a annoncé des manifestations dans 15 grandes villes le 26 septembre, notamment à Berlin, Leipzig, Hanovre, Francfort et Stuttgart. Le rapport sur l’avertissement des syndicats et les manifestations prévues place la confrontation sur deux fronts : l’opposition aux politiques de la coalition et la résistance à la tentative de l’AfD de se présenter comme le défenseur des travailleurs.
Le coût industriel d’un départ de l’UE
Pour les syndicats, le danger central réside dans le lien entre le programme politique de l’AfD et les conditions d’exploitation d’une économie orientée vers l’exportation. Le retrait de l’Allemagne de l’UE compliquerait l’accès au marché unique européen, augmenterait les risques commerciaux et monétaires, affaiblirait l’attrait du pays pour les investisseurs et exercerait une pression supplémentaire sur les entreprises industrielles.
Ces effets ne se limiteraient pas aux relations institutionnelles. Les informations fournies aux syndicats les lient à une perte potentielle de centaines d’entreprises et de milliers d’emplois industriels. Les entreprises feraient face à un environnement commercial moins prévisible, tandis que les travailleurs subiraient les conséquences par une pression sur l’emploi et l’activité industrielle.
Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, a également averti que la position de l’AfD dissuaderait les investisseurs étrangers d’investir en Allemagne et nuirait à la croissance économique. Son avertissement renforce l’argument des syndicats selon lequel un conflit avec l’UE ne protégerait pas l’industrie allemande des tensions économiques actuelles, mais ajouterait une nouvelle couche de risque pour les entreprises dont l’accès aux marchés européens est crucial pour leurs opérations.
Comment l’AfD cible le vote des travailleurs
L’AfD cherche à obtenir le soutien des électeurs de la classe ouvrière en exploitant la colère liée à la migration, au déclin industriel et à l’inflation, selon l’évaluation fournie. Cette stratégie permet au parti de revendiquer un discours de protection économique tout en proposant des mesures que la Confédération allemande des syndicats affirme affaiblirait la base industrielle sur laquelle de nombreux emplois dépendent.
Fahimi a décrit l’AfD comme un parti ayant des « tendances d’extrême droite, voire fascistes » qui « attise la haine et divise la société ». Elle a déclaré que son programme économique « ruinerait l’Allemagne », surtout en cas de retrait de l’UE. Le message politique est donc également économique : le remède proposé par le parti pour la crise entraînerait une confrontation avec l’UE et nuirait finalement aux employés et aux secteurs industriels qu’il prétend défendre.
C’est la contradiction au cœur de l’intervention des syndicats. L’AfD peut se présenter comme un opposant à l’insécurité économique, mais les conséquences identifiées par la Confédération allemande des syndicats pèseraient le plus lourdement sur les travailleurs et les entreprises exposés à un investissement plus faible, à un accès au marché plus difficile et à une plus grande incertitude commerciale.
Pression sur le gouvernement et les syndicats
La critique de Fahimi ne s’est pas limitée à l’AfD. Elle a affirmé que les performances du gouvernement actuel ne pouvaient être dissimulées et a soutenu que ses politiques aggravaient la situation en matière d’emploi, de retraites et de santé. Le mouvement syndical se positionne donc contre à la fois la direction immédiate de la coalition et le programme économique à long terme avancé par le parti d’opposition.
La demande de la Confédération allemande des syndicats est à la fois pratique et politique. Fahimi a appelé le gouvernement à réduire les taxes sur l’électricité et à renforcer la politique industrielle. Une baisse de la fiscalité énergétique permettrait de répondre à la pression sur les entreprises et les travailleurs liée au coût de l’énergie, tandis qu’une politique industrielle plus forte viserait à prévenir la détérioration de la base manufacturière que les syndicats associent à la rupture proposée par l’AfD avec l’UE.
Les manifestations prévues donnent une forme institutionnelle visible à ce conflit. Le 26 septembre, le mouvement syndical présentera son cas dans 15 grandes villes allemandes sous le slogan « Juste gagné ! Votre travail. Votre santé. Votre retraite. » Cette formulation lie la politique industrielle aux intérêts quotidiens des employés et souligne que l’argument ne se limite pas à la politique partisane : il concerne les salaires, la protection de la santé, la sécurité des retraites et la disponibilité des emplois.
Les manifestations exposent également la pression à laquelle la coalition noire-rouge est confrontée. Le gouvernement est mis au défi de répondre à la détérioration des conditions de travail, de retraite et de santé tout en abordant les préoccupations industrielles et énergétiques qui aident l’AfD à attirer du soutien. Dans le même temps, les syndicats avertissent que laisser les propositions économiques du parti façonner la politique nationale transférerait le coût de la confrontation politique avec l’UE sur les entreprises et les employés allemands.
Le point de pression institutionnelle est donc la politique industrielle de l’Allemagne. Les syndicats exigent une réduction des taxes sur l’électricité et un soutien renforcé à l’industrie, tout en avertissant qu’un départ de l’UE compliquerait l’accès au marché, dissuaderait les investisseurs étrangers et menacerait les entreprises et les emplois. Les manifestations prévues pour le 26 septembre mettront ce choix directement devant le gouvernement : répondre aux pressions industrielles et sociales sans adopter un programme que la Confédération allemande des syndicats affirme affaiblirait l’économie qu’elle prétend protéger.