Certains Biélorusses vivant à l’étranger pourraient bientôt être contraints de rentrer chez eux pour accomplir une procédure administrative de base. Un décret signé par le président Alexandre Loukachenko exige que certains citoyens disposant de documents étrangers ou ayant un statut de résidence permanente enregistré à l’étranger fournissent leurs empreintes digitales exclusivement en Biélorussie.
Les médias biélorusses ont rapporté le décret le 28 octobre 2026. La mesure doit entrer en vigueur le 1er juillet 2027, et son aspect le plus significatif concerne non seulement qui doit soumettre des données biométriques, mais aussi où cela peut être fait : les missions diplomatiques biélorusses à l’étranger ne seront pas utilisées pour cette procédure.
Une règle visant les citoyens ayant des liens étrangers
Le décret précise les règles de prise d’empreintes digitales obligatoires pour les citoyens biélorusses âgés de 14 à 74 ans qui détiennent une citoyenneté étrangère, un permis de séjour étranger ou certains documents spéciaux délivrés par un autre pays. La liste inclut la Carte du Polonais, un document confirmant des liens spécifiques avec la nation polonaise.
Cette exigence concerne également les Biélorusses ayant établi une résidence permanente à l’étranger et s’étant enregistrés auprès d’un consulat biélorusse. Elle s’étend donc au-delà des binationaux. Un permis de séjour, un document étranger spécial ou un enregistrement consulaire formel de résidence permanente peuvent faire entrer une personne dans le champ d’application de cette règle.
Les empreintes digitales seront collectées par les bureaux régionaux du Comité d’examen judiciaire de l’État biélorusse après une référence du ministère de l’Intérieur ou du ministère des Affaires étrangères. La procédure ne sera disponible que sur le territoire biélorusse. Un citoyen qui doit fournir ses empreintes digitales devra donc se rendre en Biélorussie, même s’il a construit une vie permanente ailleurs.
Le décret établit également un processus de vérification des dossiers d’empreintes digitales des réservistes par le biais des bureaux de recrutement militaire et des agences des affaires internes. Cette disposition relie le système biométrique aux structures existantes d’enregistrement militaire et de sécurité d’État.
Pourquoi la localisation est importante
Le décret ne stipule pas que chaque Biélorusse vivant à l’étranger doit immédiatement revenir. Son effet pratique est plus restreint mais potentiellement significatif : quiconque doit compléter la procédure de prise d’empreintes digitales ne peut pas le faire par l’intermédiaire d’un consulat ou depuis le pays où il réside actuellement.
Pour les émigrés politiques et d’autres personnes craignant un examen de la part des autorités biélorusses, cela peut transformer un acte administratif de routine en une décision de sécurité difficile. Les défenseurs des droits humains ont documenté à plusieurs reprises des arrestations et des restrictions imposées aux Biélorusses après leur retour dans le pays. Ces cas documentés aident à expliquer pourquoi un retour pour la prise d’empreintes digitales peut être perçu par certains citoyens comme un risque personnel plutôt que comme une simple visite bureaucratique.
Le décret en lui-même n’établit pas que les autorités ont l’intention d’utiliser les empreintes digitales spécifiquement pour cibler des opposants politiques. Cependant, il élargit la capacité de l’État à identifier et enregistrer les citoyens ayant des liens avec d’autres pays. Les données peuvent également être vérifiées par rapport aux dossiers administratifs, militaires ou internes existants lorsqu’une personne entre en contact avec des institutions étatiques.
Cela crée un choix inégal. Les autorités peuvent exiger une forme d’enregistrement supplémentaire, tandis que le citoyen doit supporter le coût et les risques potentiels de son retour en Biélorussie. Une personne qui ne peut ou ne veut pas voyager pourrait faire face à des complications administratives, bien que les informations disponibles ne précisent pas quelles conséquences s’appliqueront dans chaque cas individuel.
Une partie d’un changement plus large dans le contrôle
La règle de prise d’empreintes digitales intervient après que la Biélorussie a cessé de délivrer de nouveaux passeports par l’intermédiaire de ses consulats étrangers en 2023. Pour les citoyens à l’étranger, ces deux politiques vont dans la même direction : des documents importants et des procédures administratives dépendent de plus en plus d’institutions situées à l’intérieur de la Biélorussie.
La nouvelle exigence ajoute un élément biométrique à cette dépendance. Même les personnes ayant vécu à l’étranger de manière permanente et ayant maintenu leur relation officielle avec la Biélorussie par le biais d’un enregistrement consulaire pourraient devoir retourner dans le pays pour remplir une obligation d’État. Pour ceux qui ont quitté le pays sous pression politique, cela peut créer un levier sans nécessiter que le gouvernement ordonne à chaque expatrié de revenir en même temps.
Les médias biélorusses ont décrit la procédure dans un rapport d’Onliner sur qui doit fournir des empreintes digitales et comment le système fonctionnera.
La principale incertitude avant la date de début du 1er juillet 2027 est de savoir comment les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères identifieront les personnes soumises à cette exigence et ce qui se passera lorsque le retour en Biélorussie est impossible ou jugé dangereux. Pour une partie de la diaspora biélorusse, la réponse pourrait déterminer si la conformité biométrique est simplement un devoir administratif ou une condition qui nécessite effectivement un voyage de retour dans le giron de l’État.