Le ministre belge de l’Intérieur, Bernard Quintin (MR), et la ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), ont présenté une série de plans et mesures à la Chambre ce mercredi, dans le cadre d’une discussion en cours sur la lutte contre la violence liée aux drogues. Parallèlement, les discussions au sein de la commission du parlement bruxellois sur le même sujet se sont révélées peu concluantes.
Quintin a affirmé : « Il y a eu trop de négligence concernant la violence liée aux drogues dans le passé. La criminalité organisée évolue, et nos ressources d’enquête doivent s’adapter. Cependant, il n’existe pas de solution miracle. » Ces déclarations font suite à une recrudescence récente d’incidents de tirs à Anderlecht, Molenbeek et plus particulièrement à Saint-Gilles, qui ont accru la pression sur le gouvernement pour qu’il réagisse. Ces propos sont intervenus en réponse aux préoccupations soulevées par le procureur bruxellois, Julien Moinil, la semaine dernière, qui a souligné la nécessité pressante de ressources supplémentaires dans la lutte contre le trafic de drogues, exprimant le sentiment de ne pas être pris au sérieux par les politiciens.
La violence a récemment pris de l’ampleur, avec 150 fusillades rapportées en l’espace d’un an, commençant par une attaque impliquant un Kalachnikov au commissariat de police d’Anderlecht. Quintin a annoncé à la Chambre que 21 unités spéciales supplémentaires seraient déployées à Bruxelles, précisant : « Cela garantira une capacité d’intervention suffisante pour faire face aux incidents impliquant des armes de guerre. »
Nouvelles ressources et mesures
Un budget de 1,2 million d’euros sera affecté à la formation au sein de la Police Judiciaire Fédérale (PJF) pour répondre au besoin d’enquêteurs. La flotte de la PJF sera augmentée de 200 véhicules, en priorité pour la branche bruxelloise. De plus, le gouvernement fédéral discutera bientôt de la mise en place d’une obligation d’immatriculation pour les trottinettes électriques, qui sont de plus en plus utilisées par les criminels. Quintin a souligné que leur absence de plaques d’immatriculation les rend presque impossibles à tracer après des incidents, même lorsqu’elles sont capturées par des caméras de surveillance.
Quintin collabore également avec le ministre de la Défense, Theo Francken (N-VA), pour examiner comment renforcer le déploiement de personnel militaire à Bruxelles. Il a également contacté la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA), concernant des places supplémentaires dans des centres fermés pour détenir les personnes sans papiers appréhendées lors des opérations policières. Le gouvernement fédéral a depuis longtemps l’intention de doubler la capacité des centres fermés.
La ministre Verlinden a annoncé l’ajout prochain de cinq avocats, d’un criminologue, d’un attaché, et de onze assistants juridiques au sein du parquet bruxellois.
Aborder les problèmes systémiques
Plus tôt cet été, Moinil a lié un meurtre dans une fusillade à Molenbeek à des ordres émis depuis la prison de Haren. Il a donc réaffirmé la nécessité d’installer des brouilleurs mobiles pour empêcher les chefs de la drogue d’utiliser leurs smartphones pendant leur incarcération. La ministre de la Justice, Annelies Verlinden (CD&V), a assuré que le gouvernement accélère l’acquisition de ces brouilleurs, avec des installations prévues dans une aile dédiée aux ‘cibles de haute valeur’ à la prison de Haren la semaine prochaine. Au cours des mois précédents, les autorités ont saisi 85 téléphones mobiles lors de cinq importantes opérations dans les prisons de Bruxelles.
Moinil a également souligné un manque de personnel. Selon Verlinden, le corps des magistrats du parquet bruxellois est maintenant entièrement en place, indiquant que les déficits les plus importants existent au niveau du personnel administratif. En conséquence, elle prévoit l’inclusion de cinq avocats, d’un criminologue, d’un attaché et de onze assistants juridiques supplémentaires.
De plus, Verlinden a annoncé des projets de présentation dans les semaines à venir d’une proposition législative pour décongeler des fonds de la drogue saisis. Typiquement, cela nécessite une confiscation judiciaire, mais des fonds peuvent également être saisis sans conviction dans certaines circonstances, comme le décès d’un auteur ou la confiscation de richesses inexpliquées liées à des activités criminelles.
Réponses politiques et critiques
Le débat à la Chambre a principalement été marqué par des discussions animées parmi les membres francophones, avec un accent plus intense sur les questions de sécurité à Bruxelles. Denis Ducarme (MR) a pressé Verlinden de « sortir le Kärcher » (une analogie avec un nettoyeur haute pression) pour débarrasser Bruxelles de ses problèmes, affirmant que les mesures proposées uniquement par Quintin seraient insuffisantes. En opposition, le député bruxellois Ridouane Chahid (PS) a accusé la ministre de la Justice de « complicité » pour inaction présumée ; Verlinden a dénoncé ses remarques comme « honteuses ».
Le PS a également attiré l’attention sur le Premier ministre Bart De Wever (N-VA), actuellement en Inde pour renforcer les liens avec la puissance économique, s’interrogeant : « Où est le pilote ? Il est en Inde à sécuriser des contrats pour le port d’Anvers, tandis que les conteneurs sont à peine contrôlés pour la cocaïne. »
« Ce n’est pas le cas que les ressources réduites en matière de prévention aient entraîné les fusillades d’aujourd’hui », a déclaré Boris Dilliès (MR), ministre-président bruxellois.
Quintin a évoqué les mesures prises par le conseil de sécurité régional la semaine dernière, y compris la nomination du Gold Commander, le déploiement d’agents supplémentaires, des caméras mobiles, et l’établissement d’un poste de commandement permanent pour surveiller en continu les incidents liés à la violence des drogues et à la criminalité organisée.
Dans la commission des affaires intérieures du parlement bruxellois, le ministre-président Boris Dilliès (MR) a réitéré ces plans, mettant en avant le futur commissaire aux drogues, qui devrait être opérationnel d’ici octobre. Il a souligné que bien que le commissaire ne réalisera pas de miracles, « chacun doit jouer son rôle, c’est fondamental. »
Dilliès a contré les critiques des partis comme le PTB et Ecolo concernant les coupes dans les initiatives préventives, déclarant : « La prévention est un maillon crucial, mais j’ai pris en charge un gouvernement confronté à une dette de 15 milliards d’euros. Nous devons évaluer où va le financement. Les ressources réduites pour la prévention n’ont pas conduit aux fusillades que nous voyons aujourd’hui. Nous croyons à la prévention mais aussi à une bonne gestion. »
Tout en évitant d’élaborer longuement sur le passé, Dilliès a reconnu les demandes de Moinil, affirmant que « ces demandes avaient été faites précédemment lorsque d’autres partis étaient au pouvoir. » Il a noté que les échanges