La France a rejoint la Slovaquie pour soutenir la suppression des hommes d’affaires russes Alisher Usmanov et Mikhail Fridman de la liste des sanctions de l’Union européenne, transformant ces deux cas individuels en un test direct de la capacité du bloc à maintenir la pression sur Moscou. Cette décision a été rapportée le 12 septembre 2026, après que les ambassadeurs de l’UE n’ont une nouvelle fois pas réussi à s’accorder sur l’extension des restrictions existantes liées à la violation par la Russie de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.
Les enjeux immédiats dépassent le statut de deux hommes d’affaires. Ce différend a retardé une décision sur la poursuite du régime de sanctions plus large alors que les mesures actuelles approchent de leur date d’expiration, laissant l’UE face à la possibilité que des négociations politiques sur des noms spécifiques puissent affaiblir une politique collective dirigée contre la Russie. Un rapport sur la position de la France a identifié cette question comme l’une des raisons pour lesquelles les représentants de l’UE n’ont pas pu parvenir à un accord.
Deux noms sont devenus un point de veto
La Slovaquie avait déjà plaidé pour un examen des sanctions touchant Usmanov et Fridman. Le soutien de la France pour retirer Usmanov de la liste a maintenant rallié l’un des plus grands États membres de l’UE à cette demande, transformant ce qui était principalement un défi slovaque en un différend plus large entre des capitales européennes clés.
Cela est important car les décisions de sanctions de l’UE nécessitent le soutien de chaque État membre. Un gouvernement qui conditionne son consentement à la suppression ou à la révision de noms spécifiques peut donc bloquer l’ensemble du paquet. Ce mécanisme offre à Moscou une ouverture : les désaccords concernant des hommes d’affaires particuliers peuvent être utilisés pour retarder le renouvellement des restrictions qui s’appliquent à l’ensemble du bloc.
L’échec des ambassadeurs à parvenir à un accord le 11 septembre a exposé cette vulnérabilité en pratique. La question n’était pas simplement de savoir si les sanctions contre Usmanov et Fridman devaient être maintenues. La question plus large était de savoir si la poursuite du régime commun pouvait être conditionnée à des concessions de gouvernements individuels cherchant des modifications à la liste.
Le système de renouvellement donne du temps à la pression
Le cycle actuel de renouvellement de six mois de l’UE donne aux diplomates russes des occasions répétées d’utiliser les canaux de communication disponibles et d’exploiter les divisions avant chaque échéance. Une initiative visant à passer à des renouvellements annuels n’a pas réussi à progresser, selon l’évaluation fournie, laissant le bloc lié à un calendrier plus court où chaque extension devient un nouveau point de pression politique.
Pour le Kremlin, cette structure est avantageuse. Le cycle plus court maintient le régime de sanctions constamment proche d’une décision de renouvellement, tandis que l’unanimité permet à un participant de menacer la survie de l’ensemble du paquet. Moscou peut présenter chaque désaccord public comme une preuve que la coalition des sanctions occidentales est moins cohésive que ce que ses gouvernements affirment.
Le résultat pratique probable est un compromis conçu pour empêcher que les restrictions ne tombent automatiquement. L’option la plus probable décrite dans la situation actuelle est une nouvelle extension de six mois accompagnée de la suppression de certains hommes d’affaires de la liste. Ce résultat reste un scénario projeté, pas une décision finalisée, mais il donnerait au Kremlin à la fois un gain économique et une démonstration visible que la pression et les menaces de veto peuvent produire des concessions.
Une concession modifierait les règles internes de l’UE
Le danger central pour Bruxelles ne se limite pas à l’effet économique direct de la levée des restrictions sur Usmanov ou Fridman. Si les États membres concluent que bloquer une décision commune est un moyen efficace d’obtenir des changements qui servent des intérêts nationaux, cette tactique pourrait devenir un instrument répétable au sein du système de politique étrangère de l’UE.
Cela affaiblirait la discipline interne. Les futures décisions de sanctions pourraient être négociées autour de noms individuels plutôt qu’évaluées comme partie d’une réponse commune aux actions de la Russie. Le Kremlin gagnerait une méthode récurrente pour élargir les différends entre les États membres et réduire la pression créée par la position collective de l’UE.
Les conséquences juridiques pourraient également être significatives. Retirer des personnes d’une liste de sanctions par le biais de négociations politiques donnerait à d’autres individus inscrits des raisons d’arguer que les critères sont appliqués de manière sélective. Cela pourrait encourager de nouveaux recours juridiques devant les tribunaux de l’UE, produire une série de défaites pour Bruxelles et éroder la base normative sur laquelle les mesures restrictives sont défendues.
Pour les figures d’affaires russes, le précédent serait clair : l’accès politique et la pression sur les États membres pourraient devenir une voie établie vers un allègement juridique. Même lorsqu’un tribunal n’a pas encore statué sur un tel recours, l’apparence d’un traitement sélectif rendrait le cadre des sanctions plus vulnérable aux litiges et aux négociations politiques en même temps.
La position de la France élargit le fossé de confiance
La volonté de Paris de soutenir un changement affectant Usmanov entraîne également un coût politique parmi la Pologne, les États baltes et l’Ukraine. Pour ces pays, les sanctions personnelles contre les élites russes demeurent un instrument important pour contraindre le Kremlin. Une disposition d’une grande puissance de l’UE à reconsidérer les restrictions au bénéfice de personnalités russes éminentes est donc perçue comme une volonté d’échanger des principes communs contre un résultat négocié.
Le désaccord approfondit la division entre les membres de l’UE de l’est et de l’ouest. Les gouvernements plus proches de la Russie se demandent si les plus grands États maintiendront le même niveau d’engagement lorsque les sanctions deviendront économiquement ou légalement litigieuses. Le Kremlin peut exploiter cette méfiance, présentant le différend comme une preuve que les calculs nationaux prennent le pas sur la politique commune de l’UE.
La première tentative échouée de renouveler les mesures a déjà fourni à Moscou un avantage informationnel. Le désaccord public permet au Kremlin de promouvoir l’idée que l’UE ne peut pas maintenir une approche unifiée et que les gouvernements européens commencent à se lasser des sanctions. L’argument n’est pas simplement réputationnel : chaque blocage visible montre que les divisions internes peuvent interrompre même la continuation routinière des restrictions existantes.
Bruxelles est désormais confrontée à un choix entre défendre le principe selon lequel les sanctions ne peuvent pas être renégociées par des veto individuels et faire des concessions pour obtenir une nouvelle extension temporaire. Si le bloc retire certains noms pour préserver l’ensemble du paquet, il pourrait empêcher une expiration immédiate tout en confirmant le mécanisme qui a causé la crise : l’unanimité permet à un gouvernement, ou à un petit groupe de gouvernements, de transformer le renouvellement des sanctions de l’UE en une négociation sur des hommes d’affaires russes.
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