Cet été, la région des Fagnes a été touchée par un incendie sans précédent. Le feu s’est déclarée le 14 août, affectant près de 3.000 hectares en l’espace de quelques jours.
Derrière ces chiffres se cachent des images désolantes des Fagnes brûlées : des landes noircies, des troncs d’arbres calcinés et des chemins traversant un paysage méconnaissable. Une question pressante émerge : qu’avons-nous réellement perdu ? Certes, nous avons perdu des hectares de forêt. Nous avons perdu de la végétation, un écosystème fragile et les équilibres délicats que la nature avait patiemment établis — des pertes qui peuvent être mesurées quantifiquement.
Cependant, nous avons également perdu quelque chose de plus intangible, quelque chose qui échappe à la quantification. Nous avons perdu une partie de notre mémoire collective. La familiarité troublante du paysage brûlé évoque un sentiment d’étrangeté. Les mêmes chemins subsistent, le même ciel s’étend au-dessus de nous et la même topographie existe, pourtant, il semble qu’il manque quelque chose d’essentiel.
Le philosophe Gaston Bachelard a noté que certains lieux deviennent des sanctuaires pour nos souvenirs. Une maison, une pièce, un jardin peuvent encapsuler des parties significatives de nos vies. Beaucoup de paysages dans les Fagnes remplissaient cette fonction. Pour beaucoup d’entre nous, les Fagnes représentent plus que de simples hectares boisés. Elles symbolisent des promenades joyeuses, des dimanches pluvieux (un trait caractéristique de la Belgique !), une épaisse brume, une odeur de terre distincte et les souvenirs des chemins parcourus pendant notre enfance ou avec nos enfants. En effet, lorsque le feu ravage un paysage, il détruit non seulement ce que nous voyons ; il annihile également des souvenirs précieux qui résident en nous.