Aujourd’hui: Sep 18, 2026
Un rapport de l'ONU révèle que la sécurité et la justice en Biélorussie sont des instruments de répression

Un rapport de l’ONU révèle que la sécurité et la justice en Biélorussie sont des instruments de répression

La police, les services de sécurité, les procureurs et les tribunaux de Biélorussie ont été transformés en un système de répression coordonné, selon un rapport d’un groupe d’experts indépendants des Nations Unies sur la Biélorussie. Le schéma documenté va de la détention arbitraire à la surveillance après la libération, montrant comment les institutions étatiques ne fonctionnent pas comme des garantes de la loi, mais comme des instruments de protection du régime d’Alexandre Loukachenko et de répression de la concurrence politique.

Le rapport, publié le 15 septembre 2026, est intitulé Participation des institutions d’État de la République de Biélorussie aux violations des droits de l’homme dans les procédures pénales. Il doit être présenté le 18 septembre lors de la 63e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU. Ses conclusions reposent sur des cas documentés couvrant chaque étape majeure des procédures pénales et de détention. Le rapport est disponible via le compte rendu publié des conclusions des experts de l’ONU.

Les enjeux vont au-delà des poursuites individuelles. Le récit des experts décrit un État dans lequel les garanties constitutionnelles des droits, des libertés et d’une justice indépendante et impartiale ont été réduites à de simples déclarations, tandis que les institutions chargées de faire respecter la loi sont devenues partie intégrante de la machine utilisée pour nier ces garanties.

La chaîne institutionnelle derrière la répression

Depuis le 1er mai 2020, le ministère de l’Intérieur, y compris sa Direction principale de la lutte contre le crime organisé et la corruption et le Département de l’exécution des peines, joue un rôle central, aux côtés du Comité de sécurité de l’État biélorusse, du Comité d’enquête, du Bureau du Procureur général et du système judiciaire. Leurs rôles diffèrent, mais le rapport décrit leurs actions comme formant une chaîne connectée qui peut conduire une personne de la détention et de l’enquête à la condamnation, à l’emprisonnement et au contrôle après la libération.

Les arrestations arbitraires figurent parmi les premiers maillons de cette chaîne. Les cas documentés incluent des détentions effectuées par des personnes en civil qui n’étaient pas visiblement identifiées comme des fonctionnaires. Une fois les détenus entrés dans le système, les conditions rapportées incluent des cellules surpeuplées, des menaces et des humiliations, créant un environnement où la détention physique est accompagnée de pression et de dégradation.

Le processus se déplace ensuite vers les tribunaux, où les experts identifient des violations répétées du droit à un procès équitable. Les motions de défense sont systématiquement rejetées, les avocats ont été dépouillés de leur statut professionnel, et les acquittements sont absents du schéma décrit dans le rapport. Le résultat est une justice qui ne fonctionne pas comme un arbitre légal indépendant, mais qui aide à donner une légitimité formelle à la persécution politique.

Les règles pénitentiaires prolongent la punition

Pour les prisonniers politiques, la répression ne s’arrête pas avec une condamnation. Les experts rapportent un traitement discriminatoire à l’intérieur des lieux de détention, y compris l’utilisation d’étiquettes ou de triangles jaunes pour marquer les prisonniers et des restrictions touchant l’éducation, le sport, la religion et l’accès aux livres en langues étrangères.

Les conditions dans les cellules de punition sont décrites comme particulièrement sévères. Une humidité élevée, de la moisissure et du froid sont combinés à l’absence de matelas et de couvertures. Ces conditions ne sont pas présentées comme des échecs administratifs isolés, mais comme partie intégrante d’un système dans lequel les conditions pénitentiaires imposent un fardeau supplémentaire à des personnes déjà ciblées par des procédures pénales motivées politiquement.

La responsabilité institutionnelle est accentuée par l’absence de responsabilité. Selon le rapport, les agents de sécurité responsables de traitements inhumains des prisonniers condamnés ne sont pas traduits en justice. Cet échec ferme le circuit entre abus et impunité : la même structure étatique qui détient et poursuit les gens protège également ceux accusés de les maltraiter.

La libération ne rétablit pas la liberté

Le système continue de fonctionner après la libération d’un prisonnier. Les anciens détenus peuvent être placés sous surveillance préventive pendant une période de six à vingt-quatre mois. Pendant cette période, la surveillance peut inclure des visites nocturnes, des interrogatoires et des perquisitions de leurs domiciles, étendant le contrôle de l’État dans la vie privée après la fin de la peine formelle.

Ce régime post-libération change la signification pratique de la liberté. La libération de la détention ne marque pas nécessairement la fin de la punition ; elle peut commencer une nouvelle période de surveillance destinée à contraindre les mouvements, les comportements et les contacts avec le monde extérieur. La pression atteint également les familles et les communautés par le biais de perquisitions et d’interventions officielles répétées à domicile.

Au centre du système se trouve le tribunal. Son rejet répété des demandes de défense, le retrait des avocats de la profession, l’absence d’acquittements et l’absence de poursuites contre les fonctionnaires accusés de torture créent ensemble ce que les experts décrivent comme un mécanisme fermé d’impunité et de nihilisme juridique.

Un système judiciaire formel sans contrôle indépendant

La signification du rapport réside dans la façon dont il relie des pratiques qui peuvent autrement sembler séparées : une arrestation par du personnel non identifié, une détention dégradante, des restrictions sur les avocats de la défense, un emprisonnement discriminatoire et une surveillance après la libération. Ensemble, elles montrent comment les services de sécurité, les organes d’enquête, les procureurs et les tribunaux se renforcent mutuellement à chaque étape plutôt que de fournir des contrôles efficaces sur le pouvoir de l’État.

Cette structure identifie également qui en bénéficie et qui en supporte le coût. Le régime bénéficie de l’élimination de la concurrence politique et de la conversion de l’autorité étatique en un outil de préservation de son pouvoir. Les prisonniers politiques, les anciens détenus, leurs avocats et leurs familles portent le coût direct à travers la détention, le traitement discriminatoire, la pression professionnelle, la surveillance et la perte d’un accès significatif à la justice.

L’échec documenté à punir les abus laisse sans mécanisme de correction interne efficace. En pratique, les institutions chargées de faire respecter le droit pénal restent capables de détenir, de poursuivre, d’emprisonner et de surveiller les gens tandis que le système judiciaire continue de formaliser ces actions. La pression institutionnelle immédiate pèse donc sur les organes d’État nommés dans le rapport : ils sont responsables non seulement des violations individuelles, mais aussi du maintien du système qui rend ces violations persistantes et difficiles à contester.

Laisser un commentaire

Your email address will not be published.

Don't Miss